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mercredi 3 décembre 2008

La crise, une chance ?

La crise s’est installée subitement, en quelques semaines. Mais, en réalité, sommes nous vraiment surpris ou bien avions nous déjà saisi quelques signes avant coureurs ? Nous avons tous éprouvé, un jour ou l’autre, un certain malaise devant notre gâchis alimentaire. Et, parfois, les informations nous annonçant les corruptions dans le monde de l’industrie, de la finance ou de la politique nous alarmaient sournoisement. Quant à la publicité, elle commençait sérieusement à nous agacer, n’est-ce pas ? Et pendant que notre désir d’avoir plus au coût le plus bas, ou pire encore : au coût le plus élevé, ne nous quittait pas, le stress s’installait. Il accompagnait les enfants sur le chemin de l’école, se lovait dans l’attaché-case du cadre dirigeant et envahissait la cuisine de la maman de retour de sa séance de Yoga ou Pilates.

Et tandis que les médias nous font part du déséquilibre et des pertes répétitives des marchés boursiers mondiaux, nous voici profondément tristes et alarmés. Devant nous le précipice... L’inconnu nous déstabilise. Le mot "crise" perce l’écran de nos consciences. Toutes nos certitudes et nos sécurités disparaissent en très peu de temps. La crise nous paralyse.

Puis, curieusement, lentement, sous ce sentiment de malaise collectif apparaissent une curieuse détente et de la légèreté. Une maman, sur un chaîne de télévision française, donne son avis : " La crise a peut-être du bon... Les vraies valeurs vont revenir au premier plan ! " Aux Etats-Unis, de jeunes employés de "Lehman Brothers" drôles et décontractés sauvent plantes de bureau et cartons d’emballages de l’oeil du typhon : la crise.
La nuit suivante, les hommes politiques semblent libérés. Nos chefs d’état étalent leurs sourires au-dessous de leurs fronts soucieux lors de la conférence au sommet dont le titre "le sacrifice de millards d’Euros" nous laisse sans voix. Et, quelques semaines plus tard les perdants de la bourse se montrent heureux et décontractés.

Mais que se passe-t-il donc ?

Reconnaître la crise libère une énergie d’action. C’est au contact de la réalité que celui qui est déçu, qui est inquiet ou a peur parvient à se libérer de ce qui le paralyse et l’inhibe. Et puis, c’est en traversant la crise que nous comprenons le monde plus profondément et plus clairement. Une de mes amies me disait " tout-à-coup, toute la pression a sauté ". Elle travaille dans le monde de l’art et elle a remarqué que les salles de ventes sont, depuis la crise, beaucoup plus fréquentées par ceux qui comprennent vraiment l’art et qui l’aiment.

Dans l’Histoire, les crises ont toujours été des moments de vérité.
Les crises financières sont aussi vieilles que la monnaie d’échange. Elles eurent leur place dans l’empire romain comme à la renaissance. Au XIV siècle, les hollandais firent face à "la crise des tulipes" et posèrent les bases de l’exportation agraire dont ils demeurent encore aujourd’hui les maîtres mondiaux. Et au XVIII siècle, la spéculation sur les chemins de fer qui finit par ruiner de nombreux investisseurs déboucha sur l’expansion d’un réseau ferré continental Européen et aussi Américain . Les exemples sont nombreux.

En réponse à la crise actuelle, une de nos premières réactions sera d’économiser et ainsi nous prendrons conscience que nous pouvons nous passer du superflu et nous nous sentirons plus libres, plus sereins. Un réflexe naturel, dans les périodes de crise est de rechercher les contacts familiaux et amicaux. Les vieux amis seront de nouveau visités et les vieux conflits enfin compris. Ainsi, la crise porte en elle l’idée d’un renouveau à l’intérieur duquel le sens de la vie, subitement, se définit autrement.
C’est en lâchant prise de l’ancien qu’une nouvelle réalité prend forme. Nous parlons aujourd’hui d’économie réelle et de commerce équitable. Nous pouvons déjà pressentir à quoi cela ressemblera : de nouvelles innovations dans le domaine de l’énergie. Un système d’éducation au sein duquel l’étude et l’apprentissage seront plus que des exercices obligatoires vidés de leur sens. Un nouveau système bancaire qui ne sera pas uniquement de papier mais qui facilitera notre vie. Un nouveau sens de la citoyenneté et du partage. Une politique qui dépasse l’expression polémique et réductrice.

Et en réalité, ne voulions nous pas déjà depuis longtemps sortir de la routine qui nous emprisonnait ? Ne voulions nous pas sauver notre couple, notre vie personnelle, intérieure ? Ne voulions nous pas enfin vivre notre spiritualité ? Ne voulions nous pas depuis longtemps revenir vers nous-même ? Si nous ouvrons un tant soit peu nos yeux, nous pouvons déjà voir les pointes de cet avenir. A cette vision sont associées maintes conséquences. Quand la crise éclate, ça fait mal. Mais le monde est de nouveau ouvert.

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