mardi 11 mars 2008
C’est au mois de mars que certains d’entre nous envisagent ou préparent leur retour. Et très souvent, tout comme au moment du départ les sentiments sont bariolés et disparates.
Lorsque Caroline a préparé le retour de la famille, elle me disait : "j’ai tenu à ce que notre maison, en région parisienne, soit réaménagée. Rien ne sera plus comme avant notre départ." Si, elle a eu conscience du décalage entre ce qu’elle a quitté et ce qu’elle allait retrouver, ce n’est pas le cas de tous. Beaucoup, pensent rejoindre leurs pénates et se poser dans leur ancien mode de vie. Pourtant, plus rien ne sera comme avant.
Bien souvent après quelques mois dans le pays d’expatriation, l’attrait de la nouveauté et l’accueil des résidents francophones sur place nous incitaient à l’ouverture et la découverte. Au retour, par contre, passés les premiers mois d’euphorie et de joie de retrouver sa famille et ses amis, une chute de l’humeur se fait sentir. Nos proches ont évolué, changé. Ils ont organisé leur vie sans nous. Malgré une vague idée de ce que nous avons vécu, ils ne peuvent comprendre ce que nous vivons. Une distance s’installe immanquablement.
Les enfants vivent aussi ce décalage. Ils quittent leurs amis, leur école, leurs professeurs et si la maman reprend une activité professionnelle, leurs habitudes comme leur rythme de vie sont tout à fait différents. Les enfants dorlotés et servis pendant le séjour à l’étranger ont à faire face à une réalité différente. Avec cela les résultats scolaires, en passant d’un établissement cosmopolite et plurilingue à une école classique en France, risquent la frustration. Des classes surchargées, des programmes plus lourds les désarçonnent et les démotivent. Trop souvent l’institution scolaire ne tient pas assez compte de l’acquis apporté par l’expérience d’une période passée à l’étranger, mais exige de l’élève conformité et normalité. Certains jeunes glissent parfois vers des moyens d’appartenance dangereux ou malsains : alcool, drogue. Mais, faire partie d’un groupe rassure et permet de trouver des repères.
Les écoles, les organisations et même les démarches administratives peuvent avoir changé. Un décalage certain existe réellement entre notre vie avant et après. Au sein de l’entreprise, les collègues n’ont pas ménagé leurs efforts et la place laissée vacante n’est pas toujours facile à réintégrer. Pour le conjoint qui a vécu plusieurs années loin du monde du travail, les difficultés ne sont pas moindre. Doutes et appréciations erronées surgissent et déstabilisent.
Afin de traverser les difficultés rencontrées, les adultes comme les enfants ont un travail de ré-intagration à effectuer. Pour ce faire et avant de quitter le pays d’expatriation, un rituel de deuil sera organisé et vécu par tous, grands et petits. Il s’agira de réunir les amis une dernière fois, d’échanger de petits cadeaux-souvenirs, de dire au-revoir. Il faudra aussi visiter une dernière fois les lieux appréciés, aimés et oser dire "Adieu". Laissons nous aller à exprimer nos émotions : pleurer aide à évacuer sa peine, sa tristesse et resserre les liens. Ces liens, une fois en France, seront à entretenir. La complicité, la tendresse, l’écoute, les calins permettent souvent de dépasser les difficultés. Ensemble nous sommes plus forts.
Et si les difficultés se montraient trop importantes, pourquoi ne pas faire appel à une aide psychologique ?
Photo et texte de Marie Tora