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dimanche 18 octobre 2009

Le courage de vieillir

Vous savez comme moi que nous sommes en train de vivre un véritable changement de société. Je ne vous parle pas de la crise financière, mais de tous ces tabous qui disparaissent les uns après les autres et qui nous amènent parfois à perdre nos repères. Il en est un, cependant, qui demeure et s’avère même de plus en plus coriace. Et vous le connaissez puisque par le biais de la télévision, des journaux, des publicités, le message : « restons jeunes, beaux et bien-portants » se trouve partout. Résultat : nous repoussons tous, consciemment ou inconsciemment, le processus naturel de notre vieillissement. Il faut beaucoup de courage pour ne pas entrer dans le déni du vieillir.

J’habite dans une région très fréquentée par les motards. Ils arrivent en hordes de 10, 20 machines ou plus encore. Des grosses cylindrées, rutilantes, bruyantes. Dimanche dernier, depuis le trottoir où je m’étais installée pour déguster ma dernière glace de l’été, je les regardais : allures fringantes, mouvements lestes et souples, équipements complets de cuir-ravageur. Puis voilà que l’un après l’autre ils ôtent leurs casques et révèlent leurs visages. Tous accusaient une bonne soixantaine ou plus. Assise à ma table, je me suis mise à réfléchir : ce n’est pas parce que je ne chevauche pas un de ces engins que je n’essaie pas moi aussi de garder une impression d’éternelle jeunesse. C’est un peu comme si nous nous imaginions immortels. Mais, que cherchons nous à prouver, à nous prouver ? Nous tenons fermement aux 20 années – nous les femmes un peu plus – de ce temps de vie que les statistiques nous accordent. Nous fuyons la réalité et sommes prêts à payer très cher pour garder l’apparence de nos 40 ou 50 ans. Je ne blâme personne et je ne vous cache rien, j’adhère au mouvement du vieillissement retardé.

Tout dernièrement, dans un moment de bonheur mêlé de lyrisme mon compagnon de vie, l’homme que j’aime, me dit : "et bien, si c’est cela vieillir, j’aurais dû commencer plutôt ! "
Et si c’était vrai, si vieillir était source de bonheur ? Pour ma part, j’y crois. Vieillir, c’est quitter un état, une phase de vie pour avancer, murir, se développer. Nous connaissons tous ces moments de passage, de l’enfance à l’adolescence, de la vie de jeune étudiant à celle d’adulte professionnellement engagé, ou encore cette transformation dans nos vies à l’arrivée de notre premier enfant. Et si, tout comme l’enfant imite l’adolescent qu’il sera bientôt, que le jeune se forme pour aller au-devant d’un emploi ou que la jeune femme enceinte se prépare à l’accouchement, nous allions allègrement vers la fin de notre vie. Il s’agit d’apprendre à accepter les contraintes physiques, d’apprendre à faire le deuil de notre mobilité, de notre indépendance. Mais tout en écrivant ces mots, je ressens une douleur au fond de moi : ne plus pouvoir randonner avec des amis, ne plus entendre les voix de mes petits-enfants et peut-être aussi un jour, ne plus les reconnaître… Comme cette perspective s’avère douloureuse ! Et là, pas de péridurale. Soyons clairs, nous tenterons de repousser ce processus ainsi que son issue, mais nous n’éviterons ni l’un ni l’autre.

Apprendre à Vieillir

« Accepter et goûter » sont les maîtres mots d’un vieillissement réussi. Dès maintenant exerçons nous. Ne fuyons plus.
Vieillir, c’est pouvoir dire ce que l’on ressent. C’est oser dire stop, c’est trop pour moi. C’est aussi pouvoir dire non, catégoriquement. 
Vieillir c’est exister, prendre sa place, sans réfléchir aux conséquences.
Vieillir c’est s’émerveiller devant une fourmi, un chaton, une fleur au bord du chemin.
Vieillir c’est se rendre libre, faire le deuil de ce qui nous retenait encore.

Vieillir c’est pardonner. Se pardonner.
Vieillir c’est aimer. Aimer les enfants bruyants. Aimer le silence. Aimer sa voisine plus vieille. Son voisin moins chanceux.
Vieillir c’est se laisser brûler la peau par le soleil et ne pas manger bio. Donnez-moi une bonne raison de ne pas le faire. Pour ralentir le processus ? Bof !

Vieillir c’est apprécier. Apprécier une main glissée sous mon bras. Apprécier un baiser posé sur ma joue. Et aussi apprécier le regard d’un vieux monsieur qui me trouve encore aimable.
Vieillir c’est accepter d’être seule, d’être avec soi. D’Être avec Soi.
Vieillir c’est accepter la souffrance, la mienne, la tienne.
Vieillir c’est accepter de partir pour un ailleurs...

Marie Tora

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